Gabon/Santé : Quand le patron du SAMU Social invente un nouveau variant et se fait sèchement rappeler à l’ordre

Il y a dans l’affaire du prétendu « nouveau variant du COVID au Gabon » un parfum de déjà-vu, une réminiscence d’un passé récent où les annonces sanitaires intempestives se disputaient la vedette avec les décisions scientifiques, au risque de transformer la gestion de crise en théâtre d’ombres. Cette fois, l’auteur du trouble n’est autre que le Dr Wenceslas Yaba, patron du SAMU Social gabonais et, ce qui ne gâche rien, Conseiller spécial du président de la République. Un statut suffisamment prestigieux pour qu’une vidéo, mal calibrée, puisse instantanément provoquer la panique digitale, mais manifestement pas assez pour lui conférer les compétences institutionnelles d’un ministre de la Santé.

Car c’est bien là que réside le nœud du problème : un médecin qui n’a ni l’autorité, ni la mission, encore moins le mandat, pour sonner l’alarme nationale, et qui choisit pourtant de le faire, caméra frontale, sans même jeter un regard prudent vers ceux qui, dans la hiérarchie, sont précisément chargés de parler en pareil cas. Résultat : un emballement médiatique, une montée de fièvre virtuelle, et un ministère de la Santé obligé de jouer les pompiers pour éteindre un incendie qu’il n’a jamais allumé.

Dans un communiqué largement diffusé sur les réseaux sociaux (et dont notre rédaction a obtenu copie) le ministère de la Santé n’a pas tergiversé. Le message, ferme mais rassurant, rectifie point par point les déclarations du Dr Yaba, presque comme on corrige les élucubrations d’un élève distrait qui aurait confondu exercice d’école et annonce nationale. Le ministère, visiblement agacé par cette initiative solitaire, rappelle le principe fondamental : dans une République organisée, la communication sanitaire relève de l’État, pas des officines individuelles, fussent-elles humanitaires ou proches du Palais.

Et pour calmer les inquiétudes, les chiffres ont été livrés sans fard. Entre janvier et novembre 2025, le système national de surveillance a enregistré 45 594 cas suspects de grippe. Sur un échantillon représentatif de 401 prélèvements, les analyses révèlent :

45 cas positifs à l’Influenza (grippe saisonnière) ;
17 cas positifs au SARS-CoV-2, le virus de la Covid-19.
Rien qui ne justifie, de près ou de loin, l’excitation d’un samedi soir sur TikTok.

« À ce jour, la Covid-19 présente un caractère endémique dans notre pays et ne constitue pas une urgence de santé publique », précise le communiqué, avant de recommander calmement les gestes de prévention habituels : port du masque en cas de symptômes, lavage régulier des mains, prudence élémentaire. Autrement dit : circulez, il n’y a pas de variant ici.

En clair, il n’y avait strictement aucune matière à s’inquiéter sur la situation épidémiologique du pays. Ce qui rend d’autant plus troublante la prise de parole du Dr Yaba. Car une question demeure, lancinante : pourquoi un médecin, pourtant intégré dans l’architecture étatique, s’est-il lancé dans une opération de communication aussi anxiogène, sans se référer ni au ministère de la Santé, ni aux spécialistes de la surveillance épidémiologique ?

K News