[Gabon]/Société : à Libreville, prévenir les incendies plutôt que courir après les flammes

À Montagne-Sainte, deux maisons parties en fumée rappellent une réalité récurrente dans les quartiers sous-intégrés de Libreville : face aux incendies, l’urgence ne se résume pas à l’arrivée des sapeurs-pompiers. Elle se joue en amont, dans la qualité des installations électriques, l’accessibilité des rues et la capacité des habitants à réagir dans les premières minutes.

Jeudi, vers midi, la panique s’est emparée de Montagne-Sainte, dans le 3ᵉ arrondissement de Libreville. Un incendie, parti d’une habitation occupée par un ressortissant sénégalais malvoyant, s’est rapidement propagé à la maison voisine. Malgré la mobilisation des riverains et l’intervention des sapeurs-pompiers, deux habitations ont été détruites. Documents administratifs, vêtements, économies et biens personnels ont disparu dans les flammes.

L’origine du sinistre reste à établir. Des témoins évoquent toutefois un possible court-circuit au moment du rétablissement de l’électricité, après deux jours de coupure. Cette hypothèse devra être confirmée par les constatations techniques. Elle souligne néanmoins une vulnérabilité bien connue : dans les quartiers où les réseaux électriques sont parfois anciens, surchargés ou difficilement contrôlables, le risque ne disparaît pas lorsque le courant revient.

La prévention constitue donc le premier chantier. Des campagnes régulières de sensibilisation pourraient apprendre aux habitants à identifier les installations dangereuses, éviter les branchements anarchiques, contrôler les multiprises et réagir face aux premiers signes d’un départ de feu. Des inspections des installations électriques dans les secteurs les plus exposés permettraient également d’identifier les situations à risque avant qu’elles ne dégénèrent.

Mais la prévention doit aussi concerner l’aménagement urbain. Dans certains quartiers de Libreville, l’étroitesse des voies, l’encombrement et l’absence d’accès adaptés peuvent ralentir l’intervention des secours. Cartographier les zones à risque, dégager des voies d’accès prioritaires et installer des points d’eau ou des équipements de première intervention à proximité des habitations sont autant de mesures susceptibles de réduire les délais d’intervention.

Reste enfin la question de la préparation des populations. Des comités de quartier formés aux premiers gestes, des exercices d’évacuation et des dispositifs d’alerte communautaires pourraient faire gagner de précieuses minutes.

À Montagne-Sainte, le feu est désormais éteint. Pour les familles sinistrées, cependant, l’incendie ne s’arrête pas avec les dernières fumées. Leur drame rappelle que, dans les quartiers les plus vulnérables, une politique efficace contre les incendies doit autant investir dans la prévention, l’urbanisme et la formation que dans les moyens de secours.