[Gabon]/Politique: la réforme de la loi sur les partis politiques ravive les inquiétudes sur le pluralisme

À Libreville, plusieurs formations politiques légalement reconnues contestent les nouvelles règles annoncées par les autorités. Elles redoutent un affaiblissement du multipartisme, tandis que le gouvernement invoque les recommandations du Dialogue national inclusif de 2024.

La réforme de la loi sur les partis politiques provoque une nouvelle levée de boucliers au Gabon. À Libreville, cinq formations légalement reconnues, réunies au sein d’un même collectif, contestent les nouvelles dispositions présentées par les autorités comme une étape de la réorganisation de la vie politique nationale.

Le projet prévoit notamment de renforcer les conditions nécessaires à la reconnaissance et au maintien des partis, avec pour objectif affiché de réduire le nombre de formations politiques. Le gouvernement affirme inscrire cette réforme dans le prolongement des recommandations du Dialogue national inclusif d’avril 2024.

Cette justification ne convainc pas les formations concernées. Parmi elles figurent notamment le PRD et l’UPR, qui voient dans les nouvelles règles une menace potentielle pour le pluralisme politique et la liberté d’association.

La crainte d’un retour au parti unique

Pour les partis contestataires, l’enjeu dépasse la seule question administrative de leur reconnaissance. Ils redoutent que le durcissement des conditions imposées aux formations politiques ne conduise, à terme, à une concentration excessive de la vie politique.

Leur inquiétude renvoie directement à l’histoire politique récente du Gabon. Le multipartisme, instauré à la suite de la conférence nationale de 1990, avait marqué une rupture avec plusieurs décennies de parti unique.

Sur RFI, le porte-parole du collectif a dénoncé une évolution susceptible, selon lui, de fragiliser les acquis démocratiques.

« Nous sentons un danger pour la démocratie dans notre pays », a-t-il déclaré, estimant que l’accumulation des nouvelles mesures pourrait constituer « une façon de nous ramener au parti unique ».

Le gouvernement s’appuie sur le Dialogue national

Les autorités gabonaises défendent, elles, une réforme présentée comme nécessaire à une meilleure structuration du paysage politique. Elles rappellent que le Dialogue national inclusif avait recommandé un encadrement plus strict des partis.

Parmi les pistes retenues figurait notamment l’organisation de la vie politique autour de quatre grands blocs idéologiques, ainsi que l’instauration de critères plus exigeants pour la création et le maintien des formations politiques.

C’est précisément sur ces nouvelles exigences que porte une partie du désaccord. Les partis réunis au sein du collectif refusent notamment de transmettre à nouveau au ministère de l’intérieur des listes attestant d’un nombre minimal d’adhérents.

« Lorsqu’une loi est faite, elle dispose pour l’avenir », fait valoir le collectif, qui conteste l’idée de devoir « à nouveau fournir un état d’adhésion de 10 000 adhérents » pour obtenir sa conformité ou sa reconnaissance.

Un contentieux désormais devant la Cour constitutionnelle

Le désaccord entre les autorités et les partis contestataires s’est désormais déplacé sur le terrain juridique. Le PRD a saisi la Cour constitutionnelle afin de contester les nouvelles dispositions.

La juridiction doit encore rendre sa décision. Son arbitrage pourrait être déterminant pour l’avenir du paysage partisan gabonais, alors que le pays poursuit la réorganisation de ses institutions à la suite du Dialogue national inclusif.

Au-delà du débat sur le nombre de partis, c’est donc la question de l’équilibre entre rationalisation de la vie politique et préservation du pluralisme qui se trouve posée.