À Libreville, le gouvernement ouvre le chantier de sa première stratégie nationale d’intelligence artificielle. Pendant trois jours, administrations, entreprises, chercheurs et société civile tentent de définir les priorités d’un pays qui veut entrer dans la course à l’IA sans perdre la maîtrise de ses données, de ses compétences et de ses choix technologiques.
Ne pas importer une stratégie « clé en main »
Le décor est posé à la Cité de la Démocratie. Depuis lundi 28 septembre, le ministère de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation, avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), réunit les principaux acteurs de l’écosystème numérique gabonais.
L’objectif dépasse la rédaction d’un document de politique publique. Il s’agit d’abord de savoir ce que le Gabon possède, ce qui lui manque et ce qu’il peut réellement construire. Données, infrastructures, formation, recherche, innovation, gouvernance, sécurité et protection des droits figurent au cœur des discussions.
Pour le PNUD, la future stratégie devra partir des réalités nationales. « Une stratégie nationale d’intelligence artificielle doit partir des besoins et des réalités du Gabon », souligne Soahangy Mamisoa Rangers, représentante résidente adjointe du PNUD Gabon.
La bataille des données et des compétences
Derrière l’enthousiasme suscité par l’IA se joue une question plus sensible : celle de la souveraineté numérique. Sans données fiables, infrastructures adaptées et ressources humaines qualifiées, le pays risque de rester essentiellement consommateur de technologies développées ailleurs.
La formation devient donc un enjeu central. Le Gabon devra disposer d’ingénieurs et de spécialistes de l’IA, mais aussi de compétences en données, cybersécurité, droit et éthique. La jeunesse est particulièrement concernée, alors que l’essor de l’IA pourrait simultanément transformer certains emplois et ouvrir de nouveaux espaces à l’entrepreneuriat.
De l’ambition aux premiers cas d’usage
L’atelier doit également identifier des applications concrètes dans l’éducation, la santé, l’agriculture et l’administration. Le défi sera de déterminer où l’IA peut apporter une valeur mesurable plutôt que de multiplier les expérimentations sans lendemain.
Une consultation avec les startups et les acteurs de l’innovation est prévue le 1er octobre. Elle permettra de confronter les ambitions publiques aux réalités du terrain.
« La question […] n’est pas de savoir si le Gabon doit faire de l’intelligence artificielle, mais à quelle vitesse, de quelle manière et dans quelles conditions », estime Aline Minko Mi-Etoua, secrétaire générale du ministère de l’Économie numérique.
La prochaine étape sera décisive : transformer les conclusions de l’atelier en une stratégie financée, applicable et évaluée. Pour Libreville, l’enjeu n’est donc plus seulement de prendre le train de l’IA, mais de déterminer quelle place le Gabon veut y occuper.
