[Gabon]/COMPRENDRE ET RASSURER SUR LA PROMESSE DES 163 000 EMPLOIS

COMPRENDRE ET RASSURER SUR LA PROMESSE DES 163 000 EMPLOIS

Depuis quelques jours, un débat enfle autour de la promesse du Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, de créer 163 000 emplois au cours de son mandat. Certains ont voulu voir dans la déclaration du ministre d’État, ministre de l’Économie — « La fonction publique aujourd’hui est saturée, elle ne peut plus embaucher comme nous le souhaitions » — une contradiction ou même une fermeture de porte à l’embauche dans la fonction publique.
Cette interprétation est non seulement inexacte, mais elle éloigne le débat de la réalité économique du pays.
Il est donc essentiel d’expliquer, de clarifier et de rassurer.
Dire que « la fonction publique est saturée »* ne veut pas dire que l’État renonce à employer.
Cela signifie que la fonction publique, telle qu’elle existe aujourd’hui, ne peut plus absorber massivement de nouveaux agents sans réforme préalable.
Pourquoi ?
Parce que pendant des années l’État a recruté sans tenir compte des besoins réels ; les effectifs ont gonflé sans amélioration proportionnelle du service rendu ; la masse salariale a explosé, dépassant parfois les normes acceptables ; des doublons, des postes fictifs et des déséquilibres sectoriels se sont installés.
Le ministre n’a donc pas annoncé une fermeture de porte. Il a constaté un héritage structurel lourd qui nécessite rigueur, réforme et réorganisation.
Lorsque le Président a promis 163 000 emplois, il n’a jamais dit qu’ils seraient tous dans la fonction publique. Cela n’aurait été ni réaliste, ni soutenable.
La vision du Président repose sur un principe simple : un emploi durable n’est pas seulement un poste administratif ; il doit venir de l’activité économique.
Ainsi, les 163 000 emplois proviendront :
✔ du secteur privé formel

  • BTP et infrastructures
  • mines et métallurgie
  • pétrole et gaz
  • agriculture, agro-industrie
  • numérique et innovation
  • transport et logistique
  • tourisme, services, industries culturelles
    ✔ du secteur parapublic modernisé
    ✔ du secteur associatif et de l’économie sociale (ONG, coopératives, ESS)
    ✔ de programmes publics spécifiques
  • grands chantiers nationaux
  • programmes d’intérêt communautaire
  • travaux d’utilité publique
  • insertion des jeunes
  • soutien aux PME et auto-emploi
    Autrement dit : le cœur de la création d’emplois n’est pas l’administration, mais l’économie réelle.
    Parce que l’État ne peut plus “recruter pour recruter”, il agit à un niveau bien plus structurant : sécuriser l’environnement économique.
    Stabilité, attractivité, lutte contre la corruption.
    Financer les secteurs porteurs (Agriculture, transformation locale, économie bleue, numérique.
    Résorber les dettes de l’État envers les entreprises pour qu’elles puissent relancer l’investissement et embaucher.
    Réformer la formation professionnelle pour que les jeunes aient les compétences que les entreprises recherchent.
    Accélérer les grands travaux publics.
    Ce sont des milliers d’emplois directs et indirects.
    Ouvrir de nouveaux partenariats internationaux ( Coopération Sud-Sud, financements verts, projets industriels).
    Ainsi, l’emploi n’est plus une charge administrative : il devient un moteur économique.
    Et la fonction publique dans tout ça ?
    Elle ne ferme pas ses portes.
    Elle se réforme pour recruter mieux, plutôt que recruter plus.
    Les embauches futures se feront sur :
  • les secteurs en déficit (santé, éducation, sécurité, ingénierie)
  • les compétences stratégiques (numérique, statistiques, gestion publique)
  • les remplacements naturels (départs à la retraite)
    Ce sera une fonction publique plus efficace, plus moderne, mieux orientée, non plus inflationniste mais performante.
    L’objectif des 163 000 emplois est ambitieux, mais réaliste car :
  • il ne dépend pas uniquement de l’État
  • il s’appuie sur des investissements déjà lancés
  • il est adossé à un programme économique clair
  • il mobilise tous les secteurs productifs
  • il correspond à la Vision de la Refondation : travailler, produire, transformer
    L’erreur serait de mesurer l’avenir du Gabon uniquement à l’aune des recrutements publics.
    Le pays change de modèle.
    Pour la première fois, on parle économie, production, valeur ajoutée, entrepreneuriat, industrialisation.
    C’est cela qui créera les emplois.
    C’est cela qui sortira les familles de la précarité.
    C’est cela qui transformera durablement le pays.
    La phrase du ministre n’est pas une fin de non-recevoir.
    C’est un rappel du passif qu’il faut assainir pour repartir sur de bonnes bases.
    La promesse présidentielle, elle, regarde l’avenir, pas le passé.
    Le peuple peut être rassuré : 163 000 emplois seront créés parce que tout l’écosystème économique est mobilisé, et non pas seulement l’administration.
    Le Gabon est entré dans l’ère de la production, du travail et de la refondation.
    Et chaque Gabonais y aura sa place.
    Bon week-end.

Par
PETIT-LAMBERT OVONO
ÉVALUATEUR CERTIFIÉ DES
POLITIQUES PUBLIQUES

PS: Pour des raisons professionnelles, nous serons absents du 23 au 29 novembre 2025.