LIBREVILLE, 29 octobre 2026 Sur l’esplanade de Gabon 24, les files de visiteurs racontent, à elles seules, une partie du problème du logement au Gabon. Des salariés, des fonctionnaires, des jeunes actifs et des familles se pressent aux différents stands pour une même raison : trouver enfin une possibilité d’accéder à la propriété. À l’occasion des Journées portes ouvertes du logement, ouvertes ce jeudi 29 octobre en présence du vice-président de la République, Alexandre Barro Chambrier, et de plusieurs membres du gouvernement, le ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi, a tenté de répondre à une interrogation qui dépasse largement le cadre de cette manifestation : comment devenir propriétaire lorsque l’on gagne modestement sa vie ?
Le salaire ne devrait plus être une frontière à la propriété
L’image est simple, mais le message est politiquement et socialement important. Un technicien de surface percevant 150 000 francs CFA par mois peut-il raisonnablement envisager l’acquisition d’un terrain ? Pour Mays Mouissi, la réponse est affirmative, à condition de revoir les modalités de paiement.
Devant les citoyens venus nombreux s’informer, le ministre a notamment présenté les possibilités d’acquisition de parcelles à partir de 900 francs CFA le mètre carré. Sur cette base, un terrain de 500 m² revient à 450 000 francs CFA. Une somme qui peut paraître importante pour un ménage aux revenus limités, mais dont le règlement peut être étalé sur douze mois, soit 37 500 francs CFA mensuels.
L’argument gouvernemental repose ainsi sur une idée : ne plus exiger systématiquement un paiement intégral avant de permettre aux ménages modestes d’engager un projet foncier.
Mais cette accessibilité mérite d’être examinée au-delà du seul prix affiché. Le montant des mensualités, les éventuels frais annexes, la localisation des parcelles, leur viabilisation et la sécurité juridique des acquisitions constituent autant de paramètres déterminants pour les futurs propriétaires.

Du terrain au titre foncier : la bataille de la sécurisation
L’autre volet des explications ministérielles concerne les Gabonais qui occupent déjà une parcelle, parfois depuis plusieurs années, sans disposer d’un titre foncier définitif.
Pour ces propriétaires de fait, la régularisation foncière représente un enjeu majeur. Le dispositif présenté prévoit un accompagnement administratif et des interventions techniques sur le terrain, afin d’examiner les situations et d’engager les procédures permettant, lorsque les conditions sont réunies, d’obtenir un titre foncier.
Le coût annoncé pour cette opération est de 600 000 francs CFA, avec la possibilité d’un règlement sur douze mois, soit 50 000 francs CFA par mois.
Le ministre a également insisté sur un point essentiel : les paiements doivent être effectués auprès de l’agence comptable compétente, avec délivrance d’une quittance du Trésor public. Une précaution qui vise à protéger les usagers contre les intermédiaires indélicats et les transactions foncières irrégulières.
Dans un pays où les conflits liés à la propriété des terres constituent une préoccupation récurrente, la sécurisation des parcelles est aussi importante que leur commercialisation.
« Le logement n’est pas social, c’est le prix qui est social »
La formule défendue par Mays Mouissi résume l’orientation qu’il souhaite donner à cette politique de l’habitat.
« Le logement n’est pas social, c’est le prix qui est social », a déclaré le ministre.
Derrière cette formule se trouve une ambition : faire en sorte que le caractère abordable d’un logement ne signifie pas nécessairement une baisse de sa qualité. Le gouvernement entend ainsi rapprocher les offres immobilières du pouvoir d’achat des ménages, tout en encourageant la construction de logements décents et l’aménagement de lotissements intégrés.
Reste toutefois une question fondamentale : proposer des terrains à des prix accessibles suffit-il à résoudre les difficultés de logement ? L’accès au crédit, les infrastructures, les routes, l’eau, l’électricité et la proximité des services publics sont autant de conditions qui déterminent la qualité réelle d’un habitat.
Une affluence révélatrice d’une attente sociale considérable
La mobilisation observée dès cette première journée donne une autre dimension à l’événement. L’intérêt suscité par les stands témoigne d’une demande importante d’informations et de solutions concrètes. Certains espaces ont même connu des tensions dans la disponibilité des supports d’information et des fiches de demande.
Cette affluence pose une question d’organisation : les administrations, les promoteurs et les partenaires financiers mobilisés pourront-ils répondre individuellement à toutes les sollicitations avant la clôture ?
Car derrière chaque visiteur se trouve potentiellement un projet familial, une épargne constituée sur plusieurs années ou l’espoir de sortir d’une situation foncière précaire. Une simple orientation ne suffira donc pas. Les citoyens attendent des réponses précises, des engagements vérifiables et surtout un suivi après les journées portes ouvertes.

Trois jours pour convaincre, mais surtout pour tenir les promesses
Prévues jusqu’au samedi 31 octobre 2026 sur l’esplanade de Gabon 24, les Journées portes ouvertes du logement se poursuivent avec un programme consacré à la présentation des offres immobilières, aux mécanismes de financement et aux procédures d’acquisition.
La forte mobilisation enregistrée dès le premier jour pourrait constituer un indicateur de l’importance des attentes populaires. Elle pourrait également mettre à l’épreuve les capacités d’accueil et d’accompagnement des structures présentes.
Au fond, le succès de cette initiative ne se mesurera pas uniquement au nombre de visiteurs accueillis, de brochures distribuées ou de dossiers renseignés. Il se jugera davantage au nombre de ménages qui, dans les prochains mois, auront effectivement pu acquérir une parcelle, sécuriser leur propriété ou accéder à un logement correspondant à leurs moyens.
À Libreville, le rêve de devenir propriétaire n’a manifestement pas disparu. Il attend désormais des réponses à la hauteur des attentes qu’il suscite.
