[Gabon]/Journée internationale de la veuve : entre protection juridique et accompagnement psychologique, le plaidoyer pour une prise en charge globale

Libreville, 23 juin 2026. Placée cette année sous le thème international « Justice, dignité et autonomie économique pour les veuves », la Journée internationale de la veuve a donné lieu à une rencontre d’échanges organisée par l’ONG Graceland, en partenariat avec le Réseau des femmes médiatrices de paix. Au cœur des débats : la nécessité d’une prise en charge globale des veuves et des orphelins, associant protection juridique, accompagnement psychologique et autonomisation économique.

Principale initiatrice de cette commémoration au Gabon, Élisabeth NGOUA MBINA, présidente de l’ONG Graceland, a rappelé que le combat en faveur des veuves ne saurait se limiter à la seule défense de leurs droits successoraux. Depuis plusieurs années, elle milite pour une meilleure reconnaissance de leurs droits sociaux et économiques, convaincue que l’accès à l’autonomie financière constitue une condition essentielle pour permettre aux veuves de subvenir aux besoins de leurs enfants et de reconstruire leur vie dans la dignité et l’indépendance.

« Une veuve protégée, formée et économiquement autonome est davantage capable d’assurer l’éducation de ses enfants et de participer pleinement au développement de sa communauté », a-t-elle souligné.

Au cours des échanges, la juriste Me Virginie Françoise EYUI NKOUNA est revenue sur les réformes du Code civil gabonais visant à renforcer les droits des familles endeuillées. Selon elle, les nombreuses situations de spoliation constatées après les décès ont conduit le législateur à adapter le cadre juridique.

« Aujourd’hui, après un décès, certaines familles cherchent davantage à s’approprier les biens du défunt qu’à protéger la veuve et les orphelins. »

L’avocate a rappelé que les réformes engagées à partir de 2010 ont permis de repositionner le conjoint survivant parmi les héritiers prioritaires.

« Le Code civil consacre désormais les descendants en premier rang, suivis du conjoint survivant, puis des père et mère du défunt. »

Si ces avancées constituent une protection importante sur le plan patrimonial, les participants ont insisté sur un autre défi souvent négligé : la santé mentale des personnes confrontées au veuvage.

Psychologue, Ludivine EYANG NGOUA épouse EDOU NGUELE a souligné que le deuil peut entraîner isolement, anxiété, dépression et difficultés d’adaptation lorsqu’il n’est pas accompagné.

« On parle souvent d’autonomisation et de financement, mais on oublie le côté psychologique. »

Elle a expliqué que son travail consiste avant tout à offrir un espace d’écoute permettant aux veuves et aux veufs d’exprimer librement leur souffrance et leurs préoccupations.

« Nous établissons d’abord un cadre d’écoute qui permet à la personne d’exprimer librement son vécu et sa situation de veuvage. »

À travers cette rencontre, les organisateurs ont voulu rappeler que la justice, la dignité et l’autonomie économique des veuves passent par une approche intégrée. Pour Élisabeth Ngoua Mbina et les acteurs engagés à ses côtés, l’avenir des veuves et des orphelins dépend autant de la protection de leurs droits que de leur accès à un accompagnement psychologique adapté et à des opportunités économiques durables.