[Gabon]/ Lettre ouverte à Son Excellence Monsieur Brice Clotaire Oligui Nguema

Président de la République, Chef de l’État et Chef du Gouvernement

Objet : Pour la consolidation de l’espoir et de la restauration nationale au lendemain des élections législatives et locales des 27 septembre et 12 octobre 2025

Excellence Monsieur le Président,

Le 12 avril 2025, le peuple gabonais a tourné une page de son histoire. Il en a confié la plume de la suivante à un homme : vous, Monsieur le Président.

Ce jour-là, le Gabon s’est relevé avec dignité, espérant un avenir fondé sur la justice, la solidarité et la renaissance des institutions. Par votre courage, votre lucidité et votre sens de la Nation, vous avez ouvert la voie d’un redressement historique, rompant avec des décennies de résignation et d’immobilisme. Vous avez rendu à la République sa voix, à la jeunesse son espérance, et à l’État sa raison d’être.

Au lendemain des élections législatives et locales des 27 septembre et 12 octobre 2025, je m’adresse à vous non pas en adversaire, mais en citoyen libre et responsable, profondément convaincu que la consolidation du changement passe par le dialogue, l’exigence et la vérité partagée.

Excellence, vous avez accompli ce que beaucoup pensaient irréalisable : le coup de la libération. Ce geste fondateur a redonné au peuple gabonais sa souveraineté, son honneur et sa confiance. Vous avez conduit, avec rigueur et prudence, une transition politique exemplaire, respectueuse de nos engagements internationaux et porteuse d’un message fort à l’Afrique et au monde : celui d’un Gabon qui choisit la paix, la stabilité et la dignité.

Aujourd’hui, votre leadership, votre clairvoyance et votre autorité morale font du Gabon une référence dans le concert des nations africaines. Vous avez su, en peu de temps, réhabiliter l’image du pays et inspirer le respect de nos partenaires. Cette reconnaissance mondiale se conjugue à une admiration nationale profonde, tant votre action a su redonner confiance à un peuple longtemps éprouvé.

Le projet national de restauration des institutions, que vous avez porté avec vision et patriotisme, a réveillé l’adhésion du peuple gabonais. Votre plébiscite du 12 avril 2025 a été bien plus qu’une victoire électorale : il a été le symbole d’un renouveau collectif, celui d’un peuple décidant de se réconcilier avec son avenir. Cet élan s’est poursuivi dans les récentes élections, où l’engouement populaire a démontré la vitalité démocratique retrouvée du Gabon.

Mais, Excellence, le succès d’une réforme se mesure aussi à la fidélité de son application. Ce premier test démocratique de la restauration a révélé des insuffisances préoccupantes : irrégularités électorales, favoritismes locaux, failles administratives, comportements opportunistes… autant d’ombres sur une œuvre qui se veut lumineuse.

Ces dérives, parfois marginales mais symboliquement lourdes, rappellent combien notre pays doit encore apprendre la discipline du civisme et la rigueur de la démocratie. D’autant plus que nombre de candidats, portés par la foi dans le projet de restauration, ont consenti d’importants sacrifices humains, matériels et financiers pour participer à ces joutes électorales.

Beaucoup ont mobilisé leurs économies, leurs familles, leurs énergies et leurs convictions pour donner sens à cette promesse de renouveau. Aujourd’hui, face aux dysfonctionnements observés, certains se sentent profondément affectés, désabusés, voire blessés dans leur foi républicaine. Cette désillusion, si elle n’est pas entendue, pourrait fragiliser l’élan national que vous avez su susciter avec tant de courage et d’abnégation.

Ces manquements n’entament pas la grandeur du projet que vous incarnez, mais ils exigent une réaction à la hauteur du défi :

un redressement moral et institutionnel ;

un renforcement de la gouvernance électorale ;

une refondation de la conscience citoyenne ;
afin que plus jamais l’intérêt personnel ne supplante l’intérêt général.

Car la restauration nationale, Excellence, n’est pas seulement politique — elle est avant tout morale, culturelle et sociale. Elle doit s’incarner dans le comportement quotidien du citoyen, du fonctionnaire, du candidat et du responsable public. Elle doit enseigner à chacun que servir le Gabon n’est pas un privilège, mais un devoir sacré.

Excellence, vous avez accompli le plus difficile : libérer le pays et restaurer la confiance. L’étape qui s’ouvre à présent est la plus noble : bâtir un peuple à la hauteur de son destin.
Un peuple éduqué, uni, conscient de ses droits, mais aussi de ses devoirs.
Un peuple où la jeunesse se sent utile, où les femmes sont pleinement associées à la décision, où la justice protège les faibles et rappelle les puissants à leurs responsabilités.

Sous votre impulsion, il est temps d’amorcer un second souffle de la restauration, fondé sur quatre piliers essentiels :

  1. La moralisation de la vie publique, pour en finir avec l’impunité et la complaisance ;
  2. La formation civique et citoyenne, dès l’école, pour refonder la conscience nationale ;
  3. Le dialogue permanent avec les forces vives, afin que personne ne se sente exclu du destin commun ;
  4. La valorisation des collectivités locales, lieux concrets de la démocratie participative et du développement inclusif.

Car la démocratie, Excellence, ne se limite pas au vote : elle vit de la participation éclairée de chaque citoyen, du respect de la parole donnée et de la loyauté envers la République. Ceux qui n’ont pas remporté les scrutins demeurent des partenaires dans la construction nationale, porteurs d’idées et de critiques utiles. Le véritable leadership, c’est celui qui transforme l’opposition en contribution, la déception en énergie collective.

C’est dans cet esprit de fraternité républicaine et de vigilance citoyenne que je vous adresse cette lettre ouverte, expression d’un patriotisme sincère et lucide. Car le Gabon n’a jamais autant eu besoin d’unité, de vérité et de foi dans son avenir.

L’histoire nous regarde, Excellence.
Ensemble, écrivons la page d’un Gabon juste, uni et digne d’envie.

Recevez, Excellence Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération et de mon indéfectible attachement à la République.

Eugène-Boris Elibiyo
Candidat indépendant aux élections locales dans le 2ᵉ arrondissement d’Owendo.