Le débat autour de la réforme du paysage politique gabonais franchit une nouvelle étape. Le Parti du Peuple Gabonais (PPG) a lancé un appel aux 33 partis politiques qui n’ont pas engagé leur procédure de régularisation conformément à la loi n° 016/2025 relative aux partis politiques. Son président, Jean Romain Fanguinoveny, les convie à une réunion prévue le mercredi 8 juillet au siège du parti, à Libreville, afin d’envisager une stratégie commune face aux conséquences de cette réforme.
L’initiative vise à mettre sur pied un Collectif des Partis Politiques Historiques pour le Respect de la Constitution et du Pluralisme Démocratique au Gabon (CPHRCPDG). Selon le communiqué signé par Jean Romain Fanguinoveny, cette structure aurait pour mission de coordonner les actions des formations concernées et d’explorer les voies de recours susceptibles de contester l’application de la nouvelle législation.
Le PPG envisage notamment de saisir plusieurs institutions de la République, parmi lesquelles le ministère de l’Intérieur, la Cour administrative, la Cour constitutionnelle et, si nécessaire, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, également chef du Gouvernement. Le parti estime que l’application de la loi actuelle pourrait s’apparenter à une « épuration politique par l’arbitraire juridique », une formule qui traduit la gravité des inquiétudes exprimées par ses dirigeants.
Cette prise de position intervient quelques jours après la publication du bilan officiel de la réforme par le ministère de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation. Les autorités indiquent que, sur les 102 partis politiques légalement reconnus au Gabon, 33 n’ont pas accompli les démarches de régularisation exigées par le nouveau cadre légal. Une situation qui pourrait compromettre leur maintien dans le paysage politique national si les dispositions prévues étaient appliquées dans leur intégralité.
Pour le PPG, ce refus de se conformer à la procédure ne relève pas d’une volonté de défier les institutions. Le parti le présente comme une « résistance républicaine » destinée à défendre un principe fondamental du droit : celui de la non-rétroactivité des lois. Selon cette lecture, des formations politiques régulièrement constituées sous l’empire d’une législation antérieure ne devraient pas être remises en cause par des exigences nouvelles.
Au-delà du débat juridique, l’affaire soulève une interrogation plus large sur l’évolution du pluralisme politique au Gabon. Les responsables du PPG redoutent que les nouvelles conditions de régularisation conduisent à une réduction significative du nombre de partis et, par ricochet, à un rétrécissement de l’offre politique. La rencontre du 8 juillet pourrait ainsi marquer le début d’une riposte collective visant à faire prévaloir, devant les juridictions compétentes, une autre interprétation de la réforme et de ses effets sur l’État de droit.
