[Gabon] / Politique: l’exécution du budget 2025 au cœur des interrogations des députés

À l’Assemblée nationale, l’examen du projet de loi de règlement de l’exercice 2025 met en lumière des écarts importants entre les crédits votés et les dépenses effectivement exécutées. Les parlementaires réclament davantage de transparence et une meilleure efficacité de l’action publique.

Le contrôle de l’argent public s’est invité au cœur des débats parlementaires au Gabon. Depuis le jeudi 8 octobre 2026, les députés de la XIVe législature examinent leur premier projet de loi de règlement, un texte qui permet de confronter les prévisions budgétaires aux recettes et aux dépenses réellement enregistrées par l’Etat au cours de l’exercice écoulé.

Auditionné par les élus, le ministre de l’économie, des finances, de la dette et des participations, chargé de la lutte contre la vie chère, Thierry Minko, a présenté les principaux résultats de l’exécution budgétaire de trois missions : la gestion des finances publiques, les dépenses transversales et les engagements de l’Etat. La ministre de la planification et de la prospective, Louise Pierrette Mvono, était également présente.

Au-delà des données comptables, les échanges ont fait ressortir une question centrale : dans quelle mesure les crédits autorisés par le Parlement correspondent-ils aux dépenses effectivement engagées et payées par l’administration ?

Des écarts considérables dans la gestion des finances publiques

C’est la mission consacrée à la gestion des finances publiques qui affiche l’écart le plus spectaculaire entre les prévisions initiales et les montants exécutés. Alors que la loi de finances initiale pour 2025 lui avait attribué 77,1 milliards de francs CFA, les crédits ordonnancés ont atteint 816,5 milliards, pour des paiements de 796,6 milliards.

La différence entre la dotation initiale et les règlements s’élève ainsi à 719,5 milliards de francs CFA, selon les chiffres communiqués. Un niveau qui appelle des explications sur les modalités d’exécution du budget et la répartition des charges de l’Etat.

Pour justifier cet écart, Thierry Minko a expliqué que cette mission avait supporté les dépenses de personnel de l’ensemble de l’administration publique, alors que son enveloppe initiale ne couvrait que les besoins relevant de son propre périmètre.

Cette explication met en évidence un enjeu de lisibilité budgétaire : lorsque les dépenses exécutées dépassent largement les crédits initialement associés à une mission, le Parlement doit pouvoir identifier les mécanismes ayant conduit à cette situation et en apprécier les conséquences sur l’autorisation budgétaire.

Les engagements de l’Etat presque intégralement exécutés

La situation est différente pour la mission consacrée aux engagements de l’Etat. Dotée de 553,4 milliards de francs CFA dans la loi de finances initiale, elle a enregistré 543,3 milliards de crédits ordonnancés et réglés, soit un taux d’exécution de 98,2 %.

Cette mission regroupe plusieurs postes de dépenses, notamment les engagements financiers de l’Etat, les remboursements et dégrèvements, le soutien aux prix des produits pétroliers, les dettes envers les agents publics et les mesures de lutte contre la vie chère.

Ce taux d’exécution élevé traduit une mobilisation presque complète des crédits prévus. Il ne permet toutefois pas, à lui seul, de mesurer l’efficacité de chaque dépense ni d’établir si les objectifs poursuivis ont été atteints. L’évaluation de leur impact demeure essentielle pour apprécier la portée réelle de l’action gouvernementale.

Des dépenses transversales exécutées à moins de 30 % en caisse

Les résultats sont nettement moins favorables pour la mission relative aux dépenses transversales. Sur les 225,2 milliards de francs CFA prévus, 110,9 milliards ont été ordonnancés, soit 49,2 % des crédits, tandis que les paiements se sont limités à 65,3 milliards, correspondant à 29 % de l’enveloppe initiale.

Les dépenses ordonnancées concernent principalement les biens et services, à hauteur de 71,6 milliards de francs CFA. Les investissements représentent 30,9 milliards, contre 6,8 milliards pour les transferts et 1,6 milliard pour les autres dépenses.

La différence entre les montants ordonnancés et ceux effectivement payés souligne également l’importance de distinguer les engagements comptabilisés des décaissements réalisés. Elle pose la question des facteurs administratifs, financiers ou opérationnels susceptibles de ralentir l’exécution des crédits.

Pour les parlementaires, ces niveaux d’exécution doivent être examinés à l’aune des besoins des populations et des engagements pris par les pouvoirs publics. Des crédits faiblement exécutés peuvent notamment retarder la réalisation de projets ou la mise en œuvre de certaines politiques, même si leur portée doit être appréciée au regard de la nature des dépenses concernées.

Les députés réclament davantage de transparence

Face à ces écarts, plusieurs élus ont appelé le gouvernement à renforcer les mécanismes de contrôle et à fournir des explications plus détaillées sur l’utilisation des ressources publiques.

La sixième vice-présidente de l’Assemblée nationale, Huguette Tsono, a insisté sur la nécessité d’améliorer la transparence dans l’exécution des crédits. « Nous souhaitons le renforcement de la transparence dans l’exécution des crédits. Chaque année, nous constatons des irrégularités », a-t-elle déclaré.

La députée Armelle Yembi Yembi a, pour sa part, mis l’accent sur les faibles taux d’exécution constatés dans certaines lignes budgétaires. Elle a appelé l’exécutif à trouver des solutions pour inverser cette tendance, soulignant que l’urgence des besoins des populations imposait des résultats plus concrets.

Le président de l’Assemblée nationale, Michel Régis Onanga M. Ndiaye, a également plaidé pour une approche davantage tournée vers l’efficacité de l’action publique. « Ne restons pas dans la rhétorique. Nous devons construire notre pays au regard du pragmatisme du chef de l’Etat. Laissons la théorie des universités », a-t-il lancé.

Au-delà des chiffres, la question de l’efficacité de l’Etat

L’examen du projet de loi de règlement constitue une étape importante du contrôle parlementaire. Il ne s’agit pas seulement de constater les dépenses réalisées, mais aussi de comprendre les écarts avec les prévisions, d’identifier les éventuelles irrégularités et de déterminer si les ressources mobilisées ont permis d’atteindre les objectifs annoncés.

Les chiffres présentés devant les députés font apparaître des situations contrastées : des engagements de l’Etat exécutés à 98,2 %, des dépenses transversales dont les paiements n’atteignent que 29 % des crédits prévus, et une mission de gestion des finances publiques marquée par un écart considérable entre sa dotation initiale et les sommes effectivement réglées.

Ces différences appellent un examen approfondi des procédures budgétaires, des modalités d’affectation des dépenses et des résultats obtenus. Elles soulignent aussi l’importance de rendre l’information financière accessible et suffisamment détaillée pour permettre aux représentants de la Nation d’exercer pleinement leur mission de contrôle.

Pour les députés, l’enjeu est désormais de dépasser la seule présentation des comptes afin d’obtenir des réponses précises du gouvernement. Car la crédibilité de la politique budgétaire se mesure autant à la régularité des procédures qu’à la capacité de l’Etat à transformer les crédits publics en réalisations concrètes au bénéfice des Gabonais.