
À Libreville, les habitants de plusieurs quartiers concernés par une opération de déguerpissement saluent la volonté des autorités de fluidifier la circulation, mais s’interrogent sur les conditions de leur départ et sur l’indemnisation de leurs biens.
La réunion était censée permettre de clarifier les contours d’une opération d’aménagement urbain. Elle a surtout mis en lumière les inquiétudes des populations concernées. Lundi 24 août 2026, Marie-Françoise DIKOUMBA gouverneure de la province de l’Estuaire, a présidé une rencontre à l’auditorium du ministère des Eaux et Forêts, consacrée au projet de désengorgement de plusieurs axes de Libreville.
Les habitants des quartiers Lac Bleu, Diba-Diba, Ondogo, Carrefour GP et des abords des échangeurs de Nzeng-Ayong ont été informés du projet porté par l’Etat. L’opération prévoit de libérer une emprise de 80 mètres à partir de la barrière de la Cité de la Démocratie, afin de dégager certains espaces urbains et de faciliter la circulation.
Pour les autorités, l’objectif est double : réduire les points d’engorgement qui compliquent quotidiennement les déplacements dans la capitale et améliorer l’image de Libreville. Une ambition qui, sur le principe, semble rencontrer l’adhésion des riverains.
« Nous ne sommes pas contre le projet »
Dans les échanges, les populations n’ont pas fondamentalement remis en cause la nécessité de réaménager ces axes. La question qui domine est celle de la méthode.
Derrière les maisons appelées à disparaître se trouvent des années d’efforts, des économies investies dans la construction et, pour certaines familles, le principal patrimoine transmis aux générations suivantes. La perspective d’un déguerpissement fait donc naître une inquiétude qui dépasse la seule question immobilière.
Les riverains veulent notamment savoir dans quelles conditions les destructions interviendront et surtout à quel moment les indemnisations seront versées.
Une interrogation centrale se dessine : l’Etat doit-il procéder au déguerpissement avant l’indemnisation des propriétaires, ou garantir au préalable le paiement des compensations ?
La réponse à cette question sera déterminante pour l’acceptabilité sociale de l’opération.
Le montant des biens au cœur des préoccupations
Autre sujet sensible : l’évaluation des biens concernés.
Les propriétaires redoutent que la valeur retenue par les commissions chargées des évaluations ne corresponde pas aux sommes réellement engagées pour construire ou aménager leurs habitations. Dans un contexte où le coût des matériaux, de la main-d’œuvre et du foncier a considérablement pesé sur les ménages, la détermination d’une indemnisation jugée équitable apparaît comme un enjeu majeur.
La question ne porte donc pas seulement sur la valeur théorique d’un bâtiment. Elle concerne aussi les investissements consentis au fil des années par des familles qui ont parfois construit progressivement, sans disposer des moyens financiers nécessaires pour achever leurs projets en une seule fois.
Et ceux qui n’ont pas de titre foncier ?
Une autre difficulté pourrait rapidement se poser : celle des occupants et propriétaires ne disposant pas de titre foncier.
Dans les quartiers concernés, comme dans de nombreux espaces urbains de Libreville, l’absence de document foncier formel ne signifie pas nécessairement l’absence d’investissement. Des habitants peuvent avoir occupé un terrain pendant de nombreuses années, y avoir construit une maison et y avoir établi leur vie familiale sans pour autant disposer d’un titre foncier définitif.
Quel sera alors le sort de ces personnes ? Seront-elles indemnisées ? Selon quels critères ? Quelles garanties leur seront proposées ?
Ces questions, soulevées lors de la rencontre, sont d’autant plus importantes que l’opération touche directement au patrimoine et aux conditions de vie de plusieurs ménages.

Entre intérêt général et protection des habitants
Le projet met ainsi les autorités face à un équilibre délicat. D’un côté, la nécessité de réorganiser une capitale confrontée à des problèmes de circulation, d’occupation anarchique de certaines emprises et de développement urbain. De l’autre, la protection des citoyens appelés à subir les conséquences concrètes de ces aménagements.
La réussite de l’opération dépendra donc autant de la libération des emprises que de la transparence du processus.
Une évaluation indépendante et compréhensible des biens, un calendrier clairement communiqué, des modalités d’indemnisation précises et une réponse spécifique pour les personnes dépourvues de titre foncier pourraient contribuer à réduire les tensions.
Car derrière la volonté affichée de rendre Libreville plus fluide et plus attractive, se joue une question plus fondamentale : comment moderniser une ville sans donner à ceux qui y vivent le sentiment d’être les premières victimes de sa transformation ?
Pour les habitants concernés, le débat ne porte pas sur la nécessité de développer la capitale. Il porte sur les conditions dans lesquelles ils seront appelés à en payer le prix.
