À chaque carrefour de Libreville, la scène est devenue presque ordinaire. Des enfants, parfois âgés d’à peine sept ans, proposent aux automobilistes des chaussettes, des sacs, des parfums ou divers objets de faible valeur. Derrière cette présence banalisée dans les espaces publics se cache pourtant une réalité que les autorités entendent désormais combattre avec fermeté.
Jeudi 9 juillet, le parquet des mineurs, en coordination avec le ministère de la Justice, les services de police, les Affaires sociales et les structures en charge des droits humains, a lancé une vaste opération visant à identifier les enfants victimes d’exploitation économique et à rechercher les adultes susceptibles d’en être responsables.
Pour Gladys Victoire Amoussou Maganga, directrice des Affaires sociales, de la Protection de la jeunesse et de l’Assistance judiciaire au ministère de la Justice, la multiplication de ces jeunes vendeurs traduit une forme de banalisation préoccupante. Selon elle, la présence quotidienne de mineurs dans le commerce ambulant ne peut être considérée comme une situation normale, mais constitue une atteinte aux droits fondamentaux de l’enfant.
L’intervention s’inscrit dans l’application de l’article 74 du Code de l’enfant, qui prohibe l’exploitation économique des mineurs. La responsable rappelle également que la scolarisation est obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans pour tous les enfants vivant au Gabon, quelle que soit leur nationalité, tandis que l’exploitation des mineurs est qualifiée de crime par la législation nationale.
Au cours de cette première phase, près d’une trentaine d’enfants ont été conduits à la brigade des mœurs. Leurs témoignages révèlent des situations contrastées : certains disent vendre pour financer leurs fournitures scolaires, d’autres affirment agir avec l’accord de leurs parents ou pour soutenir le foyer familial.
Les autorités annoncent que chaque dossier fera l’objet d’un examen individualisé. L’objectif est de distinguer les situations de précarité de celles relevant d’une exploitation organisée, afin que les auteurs répondent, le cas échéant, de leurs actes devant la justice gabonaise.
