[Gabon]/Économie : Pourquoi EBOMAF s’est-elle retirée de la CNNII ?

Le retrait du groupe burkinabè EBOMAF de la Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII), officialisé le 20 août 2025, marque l’échec d’un partenariat public-privé censé redynamiser le transport fluvial et maritime au Gabon.

Signée en février 2024 , selon certaines sources, la convention de concession prévoyait que l’État gabonais mette à disposition les sites d’exploitation, régularise les dettes sociales, attribue les titres fonciers et établisse un plan social clair. Or, aucun de ces engagements n’a été concrètement respecté, rendant l’entrée en vigueur de la concession juridiquement impossible selon EBOMAF.

De son côté, l’entreprise affirme avoir engagé des investissements réels : acquisition de navires, réhabilitation de quais, études techniques, inspections internationales, et même paiement de salaires pour une partie du personnel. Mais sans les infrastructures promises, ces efforts sont restés vains.

Parallèlement, les tensions sociales au sein de la CNNII n’ont cessé de croître. Les agents dénonçaient une gestion opaque, des arriérés de salaires allant jusqu’à 19 mois, la suppression des protections sociales et l’absence de dialogue. EBOMAF s’est défendue en précisant que la société n’était pas encore sous sa pleine gestion, et que les retards étaient liés aux manquements de l’État.

La rupture du contrat s’est donc faite « d’un commun accord », dans un climat tendu mais inévitable. EBOMAF, entreprise spécialisée dans les infrastructures, semble avoir sous-estimé l’ampleur des blocages structurels d’une compagnie publique endettée et dysfonctionnelle. Le projet, jugé trop risqué et mal préparé, s’est transformé en fardeau plutôt qu’en opportunité économique.

Ce retrait pose une question plus large sur la viabilité des partenariats public-privé dans les secteurs fragiles, comme le transport intérieur en Afrique centrale. Il met aussi en lumière la nécessité, pour les États, de créer un cadre clair et fiable avant d’engager des opérateurs privés dans des missions de service public.

EBOMAF quitte donc le navire CNNII, non pas par caprice, mais faute de conditions minimales pour naviguer.