[Gabon]/ Culture : la médecine traditionnelle à l’épreuve de la science

LIBREVILLE — Au Gabon, la médecine traditionnelle cherche à franchir une nouvelle étape. Ouverte mardi 15 septembre au siège de l’Institut de pharmacopée et de médecine traditionnelle (IPHAMETRA), la Journée de la médecine traditionnelle, qui s’achèvera le 19 septembre, place au cœur des débats les rapports entre savoirs ancestraux et recherche scientifique. Le thème retenu, « La médecine traditionnelle pour soutenir la science », traduit cette volonté de rapprocher deux univers longtemps présentés comme opposés.

Rattaché au Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST), l’IPHAMETRA entend notamment renforcer la documentation des savoirs médicinaux traditionnels, étudier les plantes utilisées dans les soins et contribuer à leur éventuelle valorisation thérapeutique, dans le respect des exigences de sécurité et de réglementation.

L’enjeu est important dans un pays où la médecine traditionnelle demeure une composante des pratiques de santé. Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé évoqués lors de la rencontre, entre 70 % et 80 % des populations de la région africaine y auraient recours comme première forme de soins.

Pour le professeur ENGONE OBIANG Nestor, Directeur de l’IPHAMETRA, « l’objectif n’est pas de substituer la médecine traditionnelle à la médecine moderne, mais de créer des passerelles entre les deux ».

Cette ambition repose aussi sur la richesse de la biodiversité gabonaise. L’Herbier national du Gabon conserve près de 70 000 spécimens botaniques, constituant une importante base de connaissances pour identifier, classifier et préserver les espèces végétales susceptibles d’intéresser la recherche.

Mais la médecine traditionnelle ne se limite pas aux plantes. Elle repose également sur des représentations du soin dans lesquelles l’individu demeure lié à sa famille, à sa communauté et, dans certaines conceptions, à ses ancêtres. Le tradipraticien appréhende ainsi la maladie dans un environnement social et culturel plus large.

Une dimension qu’ a rappellé le professeur Jean Emery ETOUGHE-EFE , Directeur général de l’Enseignement supérieur.

Derrière les échanges de cette semaine se dessine une question centrale : comment préserver les savoirs ancestraux tout en les soumettant aux exigences de la preuve scientifique, de la sécurité sanitaire et de la réglementation ?

Pour le Gabon, le défi est désormais de transformer son patrimoine de connaissances et sa biodiversité en ressources scientifiques, sans perdre ce qui fait l’identité culturelle de sa médecine traditionnelle.