La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) envisage d’intégrer progressivement le yuan chinois dans ses réserves de change. L’information, révélée par l’Agence Ecofin et confirmée par plusieurs médias économiques, marque une évolution significative de la politique de gestion des réserves de l’institution monétaire de la CEMAC.
L’annonce, faite par le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, répond avant tout à une logique économique. Face à l’intensification des échanges commerciaux entre les pays de la CEMAC et la Chine, premier partenaire commercial de plusieurs États de la sous-région, l’objectif est de réduire les coûts liés aux opérations de change, encore largement libellées en dollar ou en euro.
Au-delà de l’aspect technique, cette orientation traduit une recomposition progressive des équilibres monétaires internationaux. Depuis plusieurs années, Pékin encourage l’internationalisation du yuan afin d’accroître son rôle dans les échanges mondiaux. De nombreuses banques centrales diversifient désormais leurs réserves en intégrant la devise chinoise, sans pour autant remettre en cause la domination du dollar.
Pour la BEAC, il ne s’agit pas d’abandonner le franc CFA ni de rompre avec l’euro, auquel la monnaie de la CEMAC demeure arrimée. L’enjeu consiste davantage à diversifier les actifs de réserve afin de mieux accompagner les mutations du commerce international et de limiter l’exposition aux fluctuations des principales devises occidentales.
Cette évolution pourrait également renforcer les relations économiques entre l’Afrique centrale et la Chine, dont les investissements dans les infrastructures, les mines et l’énergie se sont intensifiés au cours de la dernière décennie. Elle soulève toutefois des interrogations sur la capacité de la région à préserver son autonomie monétaire dans un contexte de rivalité croissante entre les grandes puissances économiques.
Si elle se concrétise, l’entrée du yuan dans les réserves de change de la BEAC constituera moins une révolution qu’un signal : celui d’une Afrique centrale qui cherche à adapter sa stratégie financière à un ordre économique mondial devenu plus multipolaire.
