Gabon / Économie : le départ de Raymond NDONG SIMA d’AGROPAG relance le débat sur la gouvernance des entreprises publiques

Rarement un départ aura autant résonné comme un avertissement. En annonçant son retrait de la Société agro-pastorale du Gabon (AGROPAG) lors d’un entretien accordé à une Web TV locale, l’ancien Premier ministre Raymond NDONG SIMA n’a pas seulement tourné la page de son engagement au sein de cette entreprise. Il a surtout mis en lumière les fragilités d’une gouvernance qu’il juge incompatible avec les ambitions de relance agricole affichées par les autorités gabonaises.

« AGROPAG est en train de mourir », a-t-il affirmé, dans une déclaration qui tranche avec le discours officiel faisant de l’agriculture l’un des principaux leviers de diversification d’une économie encore largement dépendante des revenus pétroliers et miniers. Derrière cette formule se dessine un constat plus large : celui des difficultés persistantes rencontrées par plusieurs structures publiques censées porter la transformation économique du pays.

Créée pour contribuer au développement des filières agricoles et réduire la dépendance du Gabon aux importations alimentaires, AGROPAG devait s’inscrire dans une stratégie nationale de reconquête de la souveraineté alimentaire. Dans un pays où plus de la moitié des produits alimentaires consommés sont importés, la réussite d’un tel outil est perçue comme un enjeu économique autant que social. Les difficultés internes dénoncées par Raymond NDONG SIMA interrogent ainsi la capacité des instruments publics à accompagner efficacement cette politique.

L’ancien chef du gouvernement décrit une entreprise paralysée par ses propres mécanismes de gouvernance. Selon lui, cinq conseils d’administration se sont succédé en seulement trois mois sans déboucher sur des décisions structurantes. Une situation qui, à ses yeux, traduit moins une intense activité qu’une incapacité à arbitrer, décider et exécuter.

Ses critiques visent également le fonctionnement de la direction générale, accusée de conduire l’entreprise sans véritable concertation avec les administrateurs. Pour Raymond NDONG SIMA, le conseil d’administration aurait progressivement perdu son rôle d’orientation stratégique au profit d’une gestion centralisée, alimentant les incompréhensions et les blocages internes.

Ces reproches dépassent le seul cas d’AGROPAG. Ils renvoient à une problématique récurrente de la gouvernance des entreprises publiques gabonaises, souvent confrontées à des chevauchements de responsabilités, à une faible culture de la redevabilité et à des difficultés d’exécution des décisions. Depuis le lancement de la transition politique en août 2023, les nouvelles autorités ont pourtant multiplié les engagements en faveur d’une administration plus performante, d’une gestion rigoureuse des ressources publiques et d’une modernisation de l’action de l’État. Les déclarations de Raymond Ndong Sima rappellent que ces objectifs se heurtent encore, sur le terrain, à des pratiques institutionnelles profondément ancrées.

Au cours de cet entretien, l’ancien Premier ministre a également élargi sa réflexion à la question du renouvellement des élites. Selon lui, la frontière entre les générations est devenue de plus en plus floue dans la vie publique gabonaise. Il estime que la qualification de « jeunes » attribuée à certains responsables ayant déjà occupé de hautes fonctions révèle une difficulté plus profonde à organiser la relève politique et administrative.

Cette observation s’inscrit dans un débat plus large sur la rénovation de la gouvernance publique. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, les attentes sont fortes en matière de réformes institutionnelles, de transparence et d’efficacité des organismes publics. La transformation économique promise repose en grande partie sur la capacité de ces structures à mettre en œuvre les politiques publiques dans des secteurs jugés prioritaires, au premier rang desquels figure l’agriculture.

En quittant AGROPAG, Raymond NDONG SIMA ne se contente donc pas d’exprimer un désaccord personnel. Son départ met en lumière les contradictions auxquelles se heurtent les ambitions de diversification économique du Gabon. Car au-delà des investissements annoncés et des réformes engagées, la réussite de cette stratégie dépend aussi de la qualité de la gouvernance des institutions chargées de la mettre en œuvre. À travers ses critiques, l’ancien Premier ministre rappelle qu’une politique publique ne se mesure pas uniquement à l’ampleur de ses objectifs, mais également à la solidité des mécanismes institutionnels censés les concrétiser.