[Gabon]/ Politique : Quand OLIGUI NGUEMA lie la souveraineté économique à l’indépendance nationale.

À l’occasion du deuxième anniversaire du coup de libération célébré dans la province de la Nyanga, le président de la république, Brice Clotaire Oligui Nguema, a prononcé un discours fort en symboles et en ambitions. Sa déclaration : « Si nous ne contrôlons pas notre économie, nous ne serons jamais libres » soulève des enjeux profonds sur l’indépendance économique du Gabon, deux ans après la fin du régime Bongo.

Prononcée avec gravité et conviction, la phrase « Si nous ne contrôlons pas notre économie, nous ne serons jamais libres » s’inscrit dans une tradition de rhétorique panafricaniste mêlant critique de la dépendance extérieure et aspiration à la souveraineté nationale. Mais au-delà des mots, elle expose une vision claire du projet politique d’Oligui Nguema : lier la légitimité de la Transition à une reprise en main de l’économie nationale.

Une rupture assumée avec le passé
En invoquant le contrôle de l’économie comme condition de la liberté, le président de la république semble tirer un bilan critique des décennies précédentes, marqué par une dépendance forte à l’égard des multinationales, notamment dans les secteurs pétrolier, minier et forestier. Cette déclaration s’inscrit dans une logique de rupture avec un système perçu comme extractif, opaque et concentré entre les mains de quelques élites.

Une économie nationale à reconquérir
Mais que signifie concrètement « contrôler notre économie » dans le contexte gabonais ? Cette ambition suppose à la fois :

Une reprise du contrôle sur les ressources naturelles, à travers une meilleure régulation des contrats miniers et pétroliers ;

Une lutte contre l’évasion fiscale et la corruption, fléaux qui privent l’État de ses moyens d’action ;

Le soutien à l’entrepreneuriat local, en particulier les PME et les secteurs à forte valeur ajoutée nationale ;

Et une redéfinition des partenariats étrangers, plus équitables, fondés sur des transferts de technologie et une réelle participation gabonaise.

Une liberté économique, mais à quel prix ?
Toutefois, ce discours pose une double question. La première est celle de la capacité réelle du régime actuel à impulser une telle transformation dans un délai relativement court. La deuxième touche à la cohérence entre discours et pratiques : la volonté affichée de contrôle économique sera-t-elle suivie d’une transparence budgétaire, d’une indépendance vis-à-vis des réseaux d’intérêts, et d’une participation citoyenne accrue ?

Un message politique avant tout
Enfin, cette phrase prend aussi un sens éminemment politique. Elle positionne le président Oligui Nguema non seulement comme un chef d’État élu démocratiquement, mais aussi comme un dirigeant porteur d’un projet de refondation. Elle sert également à légitimer l’acte du 30 août 2023, présenté comme un « coup de libération» », en l’inscrivant dans une continuité : celle d’une émancipation non seulement politique, mais économique.